J’appréhendais énormément les 12 semaines de RFI. Je voyais ça comme une immense montagne et je manquais d’air juste d’y penser. Je n’arrivais pas à m’imaginer comment j’allais pouvoir jongler avec un horaire aussi intensif sans m’épuiser en sachant que dès la fin de sa réadaptation, j’allais devoir retourner au travail puisque la fin de mon congé de maternité approchait déjà.
La RFI est un passage obligé pour tous ceux et celles qui reçoivent des implants cochléaires, et ce, peu importe l’âge ou si la personne a déjà entendu. L’objectif est de familiariser les gens avec leur nouvel appareil. François a commencé sa RFI le 6 mars, soit deux jours seulement après le retour à la maison. En allant à notre premier rendez-vous, je n’avais aucune idée de ce que nous allions faire pendant 1 heure. Après tout, mon fils n’avait que 10 mois.
Trois des cinq rencontres se passaient sous forme de jeux, la quatrième était consacrée à faire des tests en cabine et la dernière à me familiariser avec le français signé. Le but étant de stimuler au maximum mon enfant en pratiquant les onomatopées, les voyelles, les consonnes et le français signé. L’orthophoniste, l’audiologiste et l’éducatrice spécialisée s’alternaient les rendez-vous, mais en général, elles étaient toujours deux aux rencontres. Dès le début de la RFI, l’orthophoniste m’a donné une liste d’objectifs à atteindre d’ici la fin des rencontres et un document sur les précurseurs du langage et de la communication. Ces deux documents m’ont beaucoup aidé à avoir une meilleure idée des prochaines étapes.
J’ai rapidement réalisé que ces rencontres m’aidaient à être une meilleure mère pour François. Je pouvais répéter les exercices à la maison et avoir une meilleure idée des jouets à acheter pour l’aider dans son développement. De plus, côtoyer régulièrement une orthophoniste m’a appris à porter une attention particulière aux différents sons que François faisait. Je me rappelle d’être arrivé à une rencontre en disant fièrement que mon fils avait fait le son « va » et de remarquer à quel point il faisait de beaux « o ». J’essayais surtout de voir ses rencontres comme des moments privilégiés que je vivais avec mon fils. Dans le quotidien, ce n’est pas toujours facile de prendre le temps de s’asseoir et de jouer avec son enfant, mais ces rencontres me permettaient justement de prendre une pause et d’être 100 % présente pour lui.
Évidemment, avant que mon fils entende, la danse n’était pas associée à de la musique et il adorait danser à n’importe quel moment. Il faut dire que j’ai moi-même tendance à danser souvent. Un des changements dans son comportement qui s’est fait rapidement a été de se mettre à bouger aussitôt qu’il entendait de la musique. En quelques semaines, les sons de mon fils se sont aussi beaucoup diversifiés. Chaque semaine, je pouvais voir des améliorations au niveau de son langage et d’un commun accord, nous pouvions affirmer que la RFI de mon fils allait au-delà de nos attentes. Sa progression était impressionnante. Ma sœur, qui ne l’avait pas vue pendant une semaine, n’en revenait pas comme il faisait des sons différents.
Pour ma mère, le choc s’est fait un jour qu’elle le gardait et que la fenêtre du salon était ouverte. Mon fils se retournait vers la fenêtre à chaque fois qu’il entendait un bruit dans la rue, que ce soit une voiture qui passait, des gens qui marchaient en discutant ou des enfants qui jouaient. C’est là qu’elle a vraiment réalisé qu’il entendait et qu’il réagissait maintenant au son environnant.
Habituellement, un enfant qui a un développement « normal » va dire environ 18 mots à 18 mois. Pour François, nous souhaitons qu’il dise ses premiers mots aux alentours de 2 ans. Pendant quelques jours, François disait souvent « maman » et même l’audiologiste était prête à affirmer qu’il venait de dire son premier mot puisqu’il l’a fait en grimpant sur moi durant la rencontre du 1er mai. Cependant, nous avons dû nous rendre à l’évidence qu’il ne faisait que babiller et qu’il n’associait pas encore ce mot à moi… mais je sais que c’est une question de temps avant que ce jour arrive pour vrai!
Ces rencontres ont évidemment été extrêmement bénéfiques pour le développement de mon fils, mais à ma grande surprise, elles m’ont aussi fait beaucoup de bien. En général, j’essaie de rester positive face à la situation, mais il m’arrivait parfois d’avoir le cœur gros et de me sentir dépasser. Toute l’équipe a été d’une grande écoute lorsque j’avais besoin de parler. Je n’ai jamais rien eu à accumuler, je pouvais parler et être transparente au fur et à mesure des rencontres, sans jamais me sentir jugée. Elles ont été d’un grand réconfort.
Et finalement, les jours se sont transformés en semaines, les semaines en mois et déjà, nous étions le 26 mai pour sa dernière rencontre.
L’audiologiste a pris la décision de prendre une pause durant l’été. Même si la RFI est maintenant terminée, nous allons tout de même devoir continuer la réadaptation au moins 1 fois par semaine jusqu’à ce que mon fils ait environ 10 ans. Les rencontres quotidiennes commenceront donc seulement à l’automne pour nous permettre de profiter de l’été. Ça va aussi nous permettre de nous habituer à notre nouvelle routine avant de reprendre les rencontres : François qui ira dans un CPE en septembre et moi qui vais recommencer à travailler après un congé de maternité de 16 mois.




Exemples d’exercices :
- Sortir du bureau et cogner pour savoir s’il allait se retourner vers la porte (ce qu’il faisait à chaque fois… sauf s’il était très concentré avec un jouet).
- Utiliser l’application BabyBeats™, développée par la compagnie d’implants cochléaires Advanced Bionics, qui offre plusieurs exercices éducatifs pour faire bouger l’enfant avec de la musique.
- Jouer à des jeux de type tour de rôle comme faire rouler un ballon chacun notre tour.
- Jouer avec des animaux de la ferme pour pratiquer les onomatopées.
Exemples d’objectifs précurseurs de la communication :
- François réagira à l’appel de son prénom.
- François actionnera de façon volontaire des jouets de type action réaction.
- François produira deux onomatopées.
- François fera une demande d’objet en tendant la main ou en pointant.
- François produira les voyelles « a », « o » et « u ».
Répondre à locasarah Annuler la réponse.